La parution de la loi du 24 octobre 2025, souvent appelée « loi seniors », a suscité de nombreux débats autour de la notion même de « senior » : parle-t-on d’âge ? d’expérience ? de compétences ?
Plus qu’un débat lexical, cette loi s’attaque surtout à un enjeu central : comment maintenir l’employabilité dans un contexte où les carrières s’allongent et les métiers se transforment rapidement ?
Les trois objectifs majeurs de la loi du 24 octobre 2025
La réforme vise à :
- anticiper les évolutions des métiers,
- sécuriser les parcours professionnels,
- renforcer la place et la valeur des salariés expérimentés dans l’entreprise.
Pour cela, elle introduit trois changements structurants pour les organisations :
- Une refonte de l’entretien professionnel, rebaptisé entretien de parcours professionnel.
- La création d’un nouveau dispositif de reconversion.
- De nouvelles obligations pour favoriser l’emploi, le maintien dans l’emploi et la transmission des compétences des salariés expérimentés.
1. L’entretien de parcours professionnel : un outil renforcé pour anticiper les carrières
L’entretien professionnel devient officiellement l’entretien de parcours professionnel. Ce changement de nom traduit une évolution de fond : il ne s’agit plus seulement de faire le point sur les formations mais de piloter l’évolution des compétences et des trajectoires professionnelles.
Ce qui a changé en 2026
- Une nouvelle périodicité
- 1er entretien dans l’année suivant l’embauche.
- Tous les 4 ans (au lieu de 2).
- État des lieux récapitulatif tous les 8 ans (au lieu de 6).
- Un contenu enrichi
L’entretien doit désormais intégrer :
- une analyse fine des compétences et de leur évolution,
- les besoins en formation liés au poste, aux transformations métier ou au projet professionnel,
- les souhaits d’évolution ou de reconversion,
- la mobilisation du CPF et les dispositifs de transition.
- Des cas particuliers
Il doit être proposé après certaines absences : maternité, congé parental, adoption, congé sabbatique, longue maladie, congé proche aidant, mandat syndical… sauf si un entretien a été réalisé dans les 12 derniers mois.
- Deux entretiens dédiés aux professionnels expérimentés
L’entretien de mi‑carrière (vers 45 ans). Dans les deux mois suivant la visite médicale de mi‑carrière. Objectifs :
- prévenir l’usure professionnelle,
- évaluer les possibilités de mobilité,
- envisager une reconversion si nécessaire.
L’entretien de fin de carrière (avant 60 ans) Dans les deux années précédant le 60e anniversaire. Il aborde :
- le maintien dans l’emploi,
- l’organisation du temps de travail,
- les aménagements possibles (temps partiel, retraite progressive),
- la transmission des compétences.
--> Conseils RH :
- Formez vos managers à mener ces entretiens de façon non‑évaluative et orientée développement.
- Sensibilisez managers et collaborateurs à la notion de maintien de l’employabilité dans un contexte d’évolution rapide des compétences.
2. Une nouvelle période de reconversion : un dispositif simplifié et sécurisé
À partir du 1er janvier 2026, un nouveau dispositif est mis en place. La période de reconversion vise à faciliter les mobilités internes et externes, tout en apportant un cadre plus fluide et plus sécurisé.
Les grands principes
- Durée : 150 à 450 heures sur 12 mois (jusqu’à 2 100 heures sur 36 mois par accord).
- Deux modalités :
- Interne : contrat maintenu, rémunération inchangée.
- Externe : contrat suspendu, signature d’un CDI ou CDD ≥ 6 mois dans une autre entreprise ; retour garanti si la période d’essai n’est pas concluante.
- Financement : OPCO + CPF (plafonné en interne, mobilisable en totalité en externe).
- Objectifs : valider une certification RNCP, un CQP ou des blocs de compétences.
--> Conseils RH
- Cartographiez les métiers en tension, les compétences clés et celles menacées d’obsolescence.
- Construisez des parcours de reconversion sur mesure, en lien avec les salariés et les organismes de formation.
- Faites évoluer votre GPEC vers une GEPP, intégrant anticipation, transformation des métiers et maintien de l’employabilité.
3. Emploi des salariés expérimentés : obligations renforcées et nouvelles opportunités
La loi introduit des mesures structurantes pour les entreprises, notamment celles de plus de 300 salariés.
Négociation obligatoire tous les 3 ans
Elle doit porter sur :
- le recrutement et le maintien dans l’emploi des salariés expérimentés,
- les aménagements de fin de carrière,
- la transmission des savoirs et des compétences.
Mesures phares
Le contrat de valorisation de l’expérience (CVE)
- Contractualisation sur 5 ans en CDI pour les demandeurs d’emploi de 60 ans ou plus (ou 57 ans selon accords).
- Objectif : favoriser le retour à l’emploi et fluidifier la transition vers la retraite.
- Bénéfice employeur : exonération pendant 3 ans de la contribution patronale spécifique sur l’indemnité de mise à la retraite.
Aménagements de fin de carrière
- Utilisation possible de l’indemnité de départ à la retraite pour compenser un passage à temps partiel.
- Retraite progressive : refus possible uniquement avec justification solide.
- Cumul emploi‑retraite : règles maintenues même si le salarié a atteint l’âge du taux plein à l’embauche.
--> Conseils RH
- Déployez des dispositifs internes de mentorat, tutorat, compagnonnage, mécénat de compétences.
- Valorisez les salariés expérimentés comme vecteurs de transmission, d’expertise et de culture d’entreprise.
Ce que les managers doivent retenir
- L’entretien de parcours professionnel devient un levier stratégique pour anticiper les évolutions et prévenir l’usure professionnelle.
- Le maintien de l’employabilité concerne autant le salarié que l’employeur et le manager.
- La période de reconversion est un moyen de sécuriser les mobilités, fidéliser les talents et accompagner les transitions métiers.
- Les salariés expérimentés ne sont pas un coût : ce sont des ressources clés pour la performance et la transmission.
Checklist RH & managers
✔ Former les managers à la conduite des nouveaux entretiens.
✔ Cartographier les compétences clés et les métiers qui évoluent ; faire évoluer la GPEC vers la GEPP.
✔ Construire un plan d’action pour l’emploi des salariés expérimentés (tutorat, mentorat, aménagements).
✔ Informer les salariés sur la période de reconversion et l’usage stratégique du CPF.
En résumé : La réforme n’est pas une contrainte administrative supplémentaire : c’est une opportunité pour repenser la gestion des carrières, renforcer l’engagement des collaborateurs expérimentés et anticiper les transformations du travail.

